
Il existe des tradithérapeutes, à l’instar de médecins modernes qui sont des professionnels de la santé. Aussi contribuent-ils à la protection et à la conservation durable de la diversité biologique car la durabilité des ressources naturelles constitue une assurance pour ces professionnels.
Aujourd’hui, on note tout de même une grande préoccupation devant l’érosion de la biodiversité menaçant la survie de la population dont le mode de vie est étroitement lié à l’environnement naturel d’une part, et l’insuffisance d’échanges voire la méfiance entre les tradithérapeutes et les médecins et chercheurs d’autre part.
Pour pallier ces problèmes, il s’est tenu à Vogan (Préfecture de VO) du 04 au 07 septembre 2007, le premier Forum National des Tradithérapeutes du Togo couplé avec la célébration de la 5ème Journée Africaine de la Médecine Traditionnelle sous l’initiative de l’ONG Sauve Flore en partenariat avec l’ONG Les Amis de la Terre-Togo et l’UNICEF-Togo.
Ce Forum, placé sous le thème : « Recherche et Développement de médicaments traditionnels dans la région africaine de l’OMS », a visé le renforcement des capacités des tradithérapeutes en vue d’une franche collaboration entre les médecins conventionnels et les chercheurs d’une part et d’autre part et avec les tradithérapeutes pour une meilleure prise en charge des populations contre les maladies et la malnutrition au Togo.
Parlant de l’aspect concernant la perte de la biodiversité, le Directeur Régional de l’Environnement et des Ressources Forestières Région Maritime, M. GNORONFUM Koffi a fait noter qu’il existe une relation étroite entre la tradithérapie et l’environnement naturel. Avant l’époque coloniale, a-t-il dit, la médecine traditionnelle a été utilisée pour jubiler les maux dont souffre la société. Dans les villages, chacun connaît et utilise les vertus des plantes pour se soigner. Plus de 80% des populations en pays de développement se soignent avec des plantes.
Pourtant, la vente de plantes médicinales sur les marchés ou par des vendeurs ambulants a pris une ampleur considérable ces dernières années en raison surtout de la hausse des prix des produits pharmaceutiques et le développement des phytomedicaments locaux. Sur 36 marchés de Lomé, 189 étals ont été comptés Sur 76 étals de 26 marchés, 216 espèces végétales ont été recensées. 192 d’entre elles soit 88,9 % proviennent des forêts sacrées et savanes environnantes.
Pour la cueillette, les plantes herbacées sont souvent entièrement arrachées ; en ce qui concerne les ligneux, ce sont souvent les organes vitaux qui sont prélevés : feuilles (76,5%), racines (9%), écorces (4%), tiges (1,5%), fleurs, fruits, spathes, bulbes, rhizomes et graines foliaires (5%). Aussi plusieurs d’espèces d’oiseaux et des mammifères sont utilisés comme recette dans les cérémonies et guérisons.
Aussi, la récolte des parties sensibles de la plante telles que des racines, les feuilles et surtout l’écorce provoque la perturbation des échanges, la réduction de la qualité du bois, le ralentissement de la croissance et enfin sa dessiccation.
Certaines plantes sont sérieusement menacées de disparation et d’autres ont pratiquement disparu. Les incidences sur la santé humaine et naturellement sur l’environnement sont évidentes. Il en ressort que le caractère informel du prélèvement et du commerce des plantes médicinales et des animaux constitue une source d’érosion de la biodiversité floristique et faunique.
Il y a donc lieu de mieux conserver et exploiter durablement les ressources de l’environnement et en particulier la biodiversité pour qu’elle soit véritablement au rendez-vous de la santé pour tous. C’esp pourquoi l’orateur a proposé entre autres mesures pour la protection de la biodiversité: la réintroduction et le suivi des plantes médicinales issues de semis ou de bouturages (exemple des conservatoires de Vogan) ; le listing et la publication des plantes menacées de disparition ; la création de jardins botaniques ; l’utilisation des pratiques agroforestières ; l’amélioration des techniques de collecte et de conservation des plantes médicinales ; la mise en place d’un réseau d’information sur les plantes médicinales et le développement d’un cadre de partenariat efficace.
Intervenant sur l’aspect collaboration entre médecins et tradithérapeutes, le Pr. AMEDEGNATO a d’abord dit que la médecine traditionnelle est définie par les experts de l’OMS comme « l’ensemble des connaissances et pratiques explicables ou non pour diagnostiquer, prévenir ou éliminer un déséquilibre physique, mental ou social s’appuyant exclusivement sur l’expérience vécue et transmise de génération en génération oralement ou par écrit».
Elle définit la pharmacopée traditionnelle africaine, comme l’ensemble de connaissances, de techniques de préparation, et d’utilisation de substances végétales, animales et/ou minérales qui servent à diagnostiquer, prévenir ou éliminer un déséquilibre du bien être physique, mental ou social.
Ensuite, il a insisté sur le fait que la médecine traditionnelle est un patrimoine de l’Afrique. Mais à l’heure actuelle, elle n’utilise pas est pas l’écriture, et les connaissances sont très peu transmises.
Il a fait remarquer que la problématique de la médecine traditionnelle tourne autour de trois points :
Le partenariat entre les médecines traditionnelle et moderne sera effectif à travers leur intégration ; la formation, l’information des tradipraticiens de santé et la recherche. Enfin il a relevé que la médecine traditionnelle doit déboucher sur la mise au point de médicaments ou de certaines techniques thérapeutiques susceptibles de représenter un apport précieux à la médecine universelle.