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La Problematique des OGM


Les années 70 marquent la naissance des premiers OGM qui concernaient des bactéries transgéniques. Le génie génétique permet en effet d’intervenir directement sur la molécule d’ADN, support de l’information héréditaire pour l’ensemble des êtres vivants. La capacité de modifier et transférer du matériel génétique d’une espèce à une autre permet de produire des organismes vivants avec une combinaison de caractères nouveaux qui n’aurait pu naturellement exister. Les OGM peuvent être des plantes, des animaux ou des micro-organismes.

L’évolution naturelle de la biodiversité est un processus continu qui a commencé il y a quelques milliards d’années. Les diverses espèces se sont adaptées à différentes conditions de vie. Certaines sont très sensibles aux modifications, même mineures, de ces conditions ainsi qu’à toute concurrence avec d’autres espèces.

L’introduction d’espèces génétiquement modifiées peut entraîner des changements dans la faculté d’adaptation des espèces et dans les relations entre elles, modifiant l’équilibre naturel et altérant les processus propres aux écosystèmes qui sont essentiels à un environnement stable. Les systèmes naturels s’appauvrissent en biodiversité et en matériel génétique naturel à un rythme jamais atteint auparavant. La dissémination, volontaire ou accidentelle, d’OGM dans l’environnement est une menace supplémentaire pour des ressources naturelles en déclin.

Le recours à des cultures génétiquement modifiées résistantes aux ravageurs ou à la sécheresse peut donc être bénéfique à court terme dans certaines régions, mais aussi se révéler néfaste tant pour les processus écologiques et la durabilité du secteur agricole que sur le double plan social et économique.

Quelques chiffres illustratifs:

Les enjeux liés aux OGM sont importants et d’ordres économiques, culturels, éthiques, politiques, écologiques ou environnementaux.

Pour ce qui concerne les enjeux écologiques ou environnementaux, notons que les champs de plants transgéniques ne pouvant pas toujours être isolés des champs conventionnels, les échanges ou flux de gènes conduiront inévitablement à des contaminations ou pollutions génétiques, comme c’est déjà le cas au Mexique avec le maïs, et à Taïwan avec la papaye. D’ores et déjà, l’introduction des OGM expose les ressources génétiques africaines à la contamination par des gènes étrangers aux espèces de ces ressources génétiques. Dans l’état actuel des choses, les conséquences de cette contamination sont imprévisibles.

Par ailleurs, le développement de la résistance des insectes aux plantes transgéniques est une éventualité dont les conséquences sur la biodiversité et l’environnement sont actuellement inconnues et incalculables.

Devant cette menace, certains pays prennent des mesures pour autoriser ou empêcher l’utilisation des OGM.

Outre le Kenya, pays cible des défenseurs des biotechnologies végétales qui investissent directement dans de nouvelles institutions délibérément ouvertes à leur innovation, quelques pays de la sous-région ouest-africaine se sont aussi engagés dans des expérimentations en champ de coton Bt, comme au Burkina Faso par le biais d’un contrat de collaboration entre l’Institut National d’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA) avec Monsanto et Syngenta. Selon les discours officiels, il s’agit de tester ce coton Bt, puis d’intégrer les transgènes dans des variétés locales, tout en opérant un transfert de compétences de l’Occident vers l’Afrique. A titre indicatif, le projet coton Bt n’est pas évoqué, sur le site Internet de l’INERA. Des discussions avec l’IER, au Mali, ont déjà commencé et pourraient aboutir rapidement à la mise en place d’essais de coton au Mali. Et l’ONG Grain évoque d’autres collaborations : en Egypte, entre Monsanto et l’AGERI sur le coton Bt ; au Zimbabwe, une culture (en 1998) qui a été brûlée officiellement car non autorisée ; ou encore au Sénégal où la SODEFITEX, compagnie nationale, et Monsanto ont entrepris des essais de coton Bt sans en notifier les autorités compétentes.

Récemment, la réunion des pays signataires de la Convention sur la Diversité Biologique qui s’est tenue à Bonn en mai 2008 (COP9) fut l’occasion de quelques discussions importantes sur les arbres transgéniques, dont celle sur un possible moratoire. En vue de cette discussion, le Parlement Européen, dans une résolution prise le 24 avril, demandait expressément à la Commission Européenne "de s’assurer que la COP9 adopte une décision finale instaurant un moratoire sur la dissémination.

A cette occasion, le Bénin a décidé de reconduire, pour une nouvelle période de cinq ans, son moratoire sur l’importation, la commercialisation et l’utilisation, sur son territoire, des OGM et de leurs dérivés. Un premier moratoire de cinq ans avait été décidé en mars 2002 suite à l’organisation par la société civile béninoise d’un grand colloque sur les OGM, auquel ont participé de nombreux chercheurs de l’Institut National de Recherche Agronomique du Bénin (Inrab) et des responsables politiques. Ce moratoire devait permettre au Bénin de se doter d’un cadre juridique et technique clair (équipement de détection, de suivi et de contrôle des OGM) pour évaluer et autoriser les OGM. Or, en 2008, ce cadre n’existe toujours pas, d’où la prolongation du moratoire décidée par les autorités.

Au Togo, la loi sur la prévention des risques biotechnologiques n’est adoptée que le 30 décembre 2008 par l’Assemblée Nationale alors que les produits dérivés d’OGM peuvent être soupçonnés sur nos marchés : huile de soja transgénique, farine de maïs. Jusqu’alors, aucun texte ne régit l’accès aux ressources biologiques et le partage équitable des bénéfices tirés de leurs exploitations. Ce vide juridique expose notre environnement, le système agraire, notre système alimentaire aux risques liés aux OGM.

Enfin de compte, chaque citoyen, qu’il soit paysan ou simple consommateur, est placé devant ses responsabilités. Il en est de même de chaque pays. Au nom de la dignité, avec les enjeux liés à ces organismes, nous devons résister au niveau individuel, au niveau national, au niveau régional car les OGM ne connaissent pas les frontières géographiques. Ce mouvement de résistance des paysans et des consommateurs africains devrait rejoindre les mouvements similaires en cours ailleurs dans le monde, car il s’agit d’une question planétaire. Déjà, les paysans africains devraient tirer leçon de l’échec de la culture du coton Bt en Inde.

C’est pour construire ensemble cette résistance que la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN) dont Les Amis de la Terre-Togo est membre, a été lancée depuis janvier 2004, à Grand-Bassam en Côte d ’Ivoire, à l’initiative d’INADES-Formation. Ensemble, nous devons être dignes, créatifs et solidaires pour résister aux OGM dans notre intérêt, dans celui des organisations paysannes, des communautés locales, des consommateurs et des générations futures en Afrique.


KOGBE Yaovi Lowanou
Ingénieur agro-environnementaliste